Le syndrôme métabolique ovarien polyendocrinien : les bases à connaître

Rédaction : Kamila Cherfaoui et Mégane Michaud Marleau
Correction : Jessica Zevounou, Kenza Yahiaoui
Révision scientifique : Dr. Mathieu Leboeuf, gynécologue et professeur titulaire à l'Université Laval aux départements d'obstétrique, gynécologie et reproduction et d'innovation en éducation médicale.

Mila, 20 ans, remarque qu’elle a pris beaucoup de poids récemment, alors qu’elle n’a ni vraiment changé ses habitudes de vie, ni son alimentation. De plus, elle est constamment fatiguée, même après avoir passé une bonne nuit de sommeil. Elle en parle alors à son médecin qui lui dit qu’elle devrait mieux manger et bien dormir, et que ce n’est probablement rien. Un jour, Mila tombe sur une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle une femme raconte son expérience avec le SMOP et décrit ses symptômes. Soudain, tout s’éclaire pour Mila ! Les symptômes qu’elle ressent depuis son adolescence, et qu’elle pensait tout à fait normaux — comme des règles irrégulières et de l’acné —, ainsi que sa prise de poids récente et sa fatigue chronique, prennent enfin un sens : elle est possiblement atteinte du syndrome métabolique ovarien polyendocrinien. 


SMOP, c’est quoi ?

Le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP), anciennement appelé syndrôme des ovaires polykystiques (SOPK), est le trouble hormonal le plus fréquent chez les femmes en âge de procréer. On estime qu’environ une femme sur dix en est atteinte. C’est également la condition médicale principale causant l'infertilité chez les femmes, ce qui signifie que celles qui en souffrent peuvent avoir davantage de difficultés à concevoir [1].

Il est important de noter que le SMOP ne touche pas toutes les femmes de la même manière. Toutefois, les symptômes les plus fréquents sont des règles irrégulières ou absentes, des douleurs menstruelles, des règles plus abondantes, des troubles de l’ovulation, une prise de poids pouvant aller jusqu’à l’obésité, un risque accru de diabète, une pilosité plus importante, une peau plus grasse ainsi que de l’acné et, parfois, la présence de « kystes » au niveau des ovaires [2]. Ces derniers ne sont pas des kystes à proprement parler, mais plutôt des follicules contenant les ovules qui s’accumulent dans les ovaires lorsque l’ovulation ne se produit pas normalement, d’où l’abandon du terme « polykystique ».

Tous ces symptômes sont liés à un déséquilibre hormonal à l’origine du SMOP. Le corps produit un excès d’androgènes (hormones masculines), ce qui perturbe le fonctionnement normal des ovaires [2].


Comment se déroule la démarche vers un diagnostic du SMOP? 

Le diagnostic peut être posé lorsqu’on rencontre deux des trois critères suivants : une irrégularité du cycle menstruel, une manifestation physique (acné, forte pilosité, alopécie) ou une accumulation de follicule ovarien. En général, il y a recours à des prises de sang et une échographie pelvienne et abdominale pour vérifier ces derniers facteurs. À ce jour, il n’existe malheureusement pas encore de traitement contre le SMOP. Cependant, il existe différents traitements médicaux afin d’atténuer les symptômes et de réduire les risques de complications dans le futur. La première option pharmacologique suggérée correspond aux contraceptifs hormonaux tels que la pilule, les timbres cutanés ou la mise en place d’un anneau vaginal. Par ailleurs, des agents anti-androgéniques tels que la spironolactone, le finastéride et d’autres sont aussi recommandés pour bloquer la production des hormones masculines et donc traiter l’acné ou l’hirsutisme. On peut aussi entendre parler de la metformine, un médicament qui agit sur la sensibilité à l’insuline, car une résistance à celle-ci est à la base du SMOP, favorisant une augmentation de la production d’androgènes amenant ainsi aux autres symptômes. Ainsi, une bonne hygiène de vie avec un rééquilibrage alimentaire, du sommeil et la pratique d’une activité physique régulière sont des habitudes essentielles pour réduire les symptômes liés au SMOP[3]. Pour finir, il existe également des traitements non médicaux, comme la prise de complément alimentaire tel que le myo-inositol, diminuant la résistance à l’insuline et la berbérine, diminuant le taux de cholestérol, que l’on retrouve en vente libre[4,5]. Attention : avant de commencer la prise de ces compléments, consultez votre médecin ou votre pharmacien si vous avez des troubles de santé ou si vous prenez d’autres médicaments.

Après le diagnostic, c’est quoi la suite?

Si vous vous sentez dépassées par tous les traitements différents qui ont été mentionnés plus haut ou que vous rencontrez sur Internet et ailleurs, sachez que C’EST NORMAL ! Effectivement, beaucoup de femmes nouvellement diagnostiquées du SMOP vont ressentir de la confusion et un sentiment de solitude à cause du manque de connaissance et de dialogue face à ce syndrome et de l’emphase qui est mise sur les conséquences qui en découlent. Un conseil qui revient souvent venant de femmes qui ont vécu des années avec ce syndrome est d’apprendre à s’adapter à son corps selon ses besoins et d’éviter de se comparer à d'autres femmes qui ne rencontrent pas les mêmes réalités. Une célèbre actrice américaine, Keke Palmer, a pris la parole sur Instagram pour partager de son expérience avec le SMOP en dénonçant plusieurs années d’errance médicale, surtout face à son acné.

« J'affiche ceci pour dire que c'est normal, qu’il n’y a rien de honteux et aussi que nous pouvons nous aider nous-mêmes. Ma peau m'a rendu triste de nombreuses nuits, mais je n’ai jamais renoncé à moi-même. […] Je n'ai pas de diplôme de médecine mais j'ai fait des recherches et j'ai apporté ce que j'ai appris à des médecins et cela les a conduits à un diagnostic correct. Je ne dis pas qu'il faut toujours faire comme ça mais ce que je dis, c'est que personne ne peut nous aider comme nous pouvons nous aider nous-mêmes. » [6]

Remerciements :

Nous remercions sincèrement Dr. Mathieu Leboeuf, gynécologue et professeur titulaire à l'Université Laval aux départements d'obstétrique, gynécologie et reproduction et d'innovation en éducation médicale pour sa contribution à la révision scientifique de cet article. Son expertise a été précieuse pour garantir la rigueur scientifique et la validité des informations.


Références :

1) Merviel P, Bouée S, Ménard M, Martelot M t. L, Roche S, Lelièvre C, et al. Quelles stimulations pour quelles femmes : le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie [Internet]. 1 nov 2017 ; 45(11) : 623‑31. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.gofs.2017.10.001


2) Imaouen M, Hassani FA, Ouahabi HE. Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : caractéristiques cliniques, hormonales et métaboliques (à propos de 63 cas). Annales D Endocrinologie [Internet]. 1 sept 2017 ; 78(4) : 380‑1. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.ando.2017.07.535 


3) Ebernella Shirin Dason, Olexandra Koshkina, Crystal Chan et Mara Sobel. Diagnostic et prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques. Canadian Medical Association Journal [Internet]. 8 avril 2024; 196 (13) E449-E459; Disponible sur: https://doi.org/10.1503/cmaj.231251-f


4) Wang, Z., Nie, K., Su, H., Tang, Y., Wang, H., Xu, X., & Dong, H. Berberine improves ovulation and endometrial receptivity in polycystic ovary syndrome. Phytomedicine : international journal of phytotherapy and phytopharmacology [Internet]. 12 juillet  2021; 91, 153654. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.phymed.2021.153654


5) Greff, D., Juhász, A. E., Váncsa, S., Váradi, A., Sipos, Z., Szinte, J., Park, S., Hegyi, P., Nyirády, P., Ács, N., Várbíró, S., & Horváth, E. M. Inositol is an effective and safe treatment in polycystic ovary syndrome: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Reproductive biology and endocrinology : RB&E [Internet]. 26 janvier 2023; 21(1), 10. Disponible sur: https://doi.org/10.1186/s12958-023-01055-z


6) The Body Optimist, (2020, 6 décembre). Keke Palmer, atteinte du syndrome des ovaires polykystiques, livre un témoignage poignant… [Statut Facebook]. Facebook. https://www.facebook.com/thebodyoptimist/posts/keke-palmer-atteinte-du-syndrome-des-ovaires-polykystiques-livre-un-t%C3%A9moignage-p/10157911988263310/

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